Quelques pistes pour entamer la vie active

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Mounir HILALI (Article publié sur le site de l’EMSI Career Center le 08/02/2021 (https://emsicommunity.com))

Dans quelques semaines, certains étudiants parmi vous seront en quête de leur premier emploi. Soyons, à ce propos, clairs et précis. Un emploi, ce n’est pas un stage. Le premier objectif de l’entreprise n’est pas de former les ingénieurs, les techniciens ou les ouvriers de demain. Un chef d’entreprise a deux objectifs à atteindre: gagner de l’argent pour son institution et œuvrer pour sa pérennité. Ses collaborateurs sont là pour produire et vendre. Dit autrement, pour générer de l’argent! Pour gagner de l’argent, il faut innover, proposer un produit de qualité, offrir des avantages par rapport à ce qui existe sur le marché en ce qui concerne le design, le prix, le service après-vente, etc.

Plusieurs parmi vous ne sont pas habitués à ce langage et moi je n’aime pas la langue de bois. Depuis la nuit des temps, les choses se sont établies ainsi et, jusqu’à preuve du contraire, continueront de la sorte. C’est le principe numéro 1 de la vie professionnelle. Si nous ne l’admettons pas, nous nous perdront dans la jungle professionnelle.

Nous observons de plus en plus que les inventions les mieux primées sont celles qui ont une valeur marchande. En termes plus crus, celles qui rapportent de la valeur ajoutée, celles qui rapportent des bénéfices pour ceux qui décideront de les financer.

Partant de ce principe, le recrutement d’un futur ingénieur dans une entreprise n’est pas une affaire sociale. Le recruteur cherche des ingénieurs qui s’inscriront dans cette démarche. Il les recrutera pour leur potentiel de productivité. Jamais pour autre chose.

Ceci dit. En arrivant dans une entreprise pour la première fois, nous nous retrouvons dans une situation d’incompétence. Mais à quoi aura alors servi toutes les longues années d’étude?

Pour répondre à cette question, il y a lieu de préciser que la compétence peut être appréhendée en quatre niveaux:

  • Le niveau C1, que nous pouvons baptisé “professionnel en projet“. C’est le niveau de l’étudiant en stage. Les personnes qui se trouvent dans ce niveau nécessitent un suivi rapproché de la part de l’encadrant qui doit, pour chaque nouvelle tâche, expliquer les principes, les phases, les procédures, les instructions, les points sensibles, etc.
  • Le niveau C2, celui d’un “professionnel en devenir“. C’est le cas de la personne nouvellement recrutée. Elle a besoin de connaître l’environnement interne de l’entreprise, les procédures de travail, la culture de l’entreprise, etc. Pour toute nouvelle opération, elle a besoin que l’on lui montre comment faire, qui contacter, où déposer les produits, etc. La nouveau recruté a besoin d’une période d’adaptation où il doit réajuster son savoir et savoir-faire aux us de l’entreprise. La durée de cette période dépend du niveau de son intelligence professionnelle.
  • Le niveau C3. A ce niveau, nous pouvons commencer à parler de “professionnel“. Le professionnel est une personne qui a besoin de comprendre ce qu’on lui demande pour préparer la procédure d’exécution, le délai, le coût qui proposera pour avoir l’aval. Personne ne lui imposera une méthode de travail et une qualité du produit. Ce sera à lui de les définir.
  • Le niveau C4, le niveau ultime de la compétence celui d'”expert“. L’expert n’a pas besoin de recevoir d’instructions. C’est au manager de l’écouter pour la solution qu’il aura à proposer. C’est à l’expert d’imposer le délai, la procédure d’exécution, le coût, la qualité, etc.

En sortant de l’école, l’ingénieur se trouve entre le niveau C1 et le niveau C2. Ce qu’il aura gardé de l’école porte sur la méthodologie et quelques techniques. Il lui manque plusieurs astuces qu’il ne pourra apprendre que dans l’école de la vie par l’expérience et par le jeu de l’échec-réussite ou encore le jeu des erreurs.

Etant dans ce niveau de compétence, le nouvel ingénieur doit comprendre que tout en travaillant, il a intérêt à continuer à apprendre peut être même des techniciens et ouvriers qui ont derrières eux plusieurs années d’expériences, qui ont vu se succéder plusieurs projets et plusieurs ingénieurs et ont, dans leurs souvenirs, plusieurs histoires à partager. Il doit développer la compétence d’être humble et de pouvoir tirer profit de leur apport. Il ne pourra prétendre devenir rentable pour l’entreprise que s’il arrive à exploiter les erreurs passées pour proposer des solutions plus solides, plus sures.

En fait, en sortant de l’école, il faut accepter de s’inscrire dans l’école de la vie professionnelle. Il est vrai qu’elle n’a pas un cursus précis mais elle offre un diplôme valorisant et ouvre des circuits professionnels intéressant.